Ma première fois à cheval (Katherine)
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Alberta, 2017
Patrice et moi sommes en vacances en Alberta. On se dit : pourquoi pas une randonnée à cheval ? Bonne idée ! Enfin, c’est ce que je croyais. Ce sera ma toute première fois sur un cheval. On choisit une randonnée de deux heures, avec un arrêt pour le souper. Il fait beau, il fait 20°, tout semble parfait.
Avant de partir, ils nous font signer une décharge. En cas de blessure ou… de mort, ils ne sont pas responsables. De mort ! Rien de rassurant, mais bon, je signe quand même.
On met nos casques, on s’installe et on part. Une guide ouvre la marche, suivie par une dizaine de participants, puis par moi. Patrice est derrière moi, et une autre guide ferme la file. Tout va bien. Les chevaux sont dociles, bien entraînés. On croise même quelques ours, rien d’anormal selon eux. Les chevaux s’arrêtent, on attend, les ours passent, et on reprend. La routine quoi !
J’entends Patrice jaser en anglais avec la guide derrière. Il se débrouille bien. Moi, je profite du moment. Le soleil descend, la lumière est belle. Puis le ciel change de ton. Il se met à pleuvoir. D’abord quelques gouttes, puis une averse, puis… LE DÉLUGE ! On est trempés, mais on rit. Jusqu’à ce que l’orage s’en mêle. Là, on rit moins. Je dirais qu’on rit plutôt jaune.
Les chevaux commencent à stresser. Et moi aussi. Ils n’avancent plus et figent sur place. Les guides, elles, gardent leur calme, heureusement.
Soudain, un éclair éclate et frappe un arbre à une vingtaine de pieds de nous. L’arbre craque et tombe. Et, évidemment, il tombe dans MA direction. Je le vois venir droit sur moi. Mon cœur arrête. Mais non, il s’écrase sur la fille juste devant moi. Drette sur sa tête ! Son casque fend en deux ! Elle est sonnée, mais heureusement, vivante. Pendant ce temps, nos chevaux à Patrice et moi décident que c’est le moment idéal pour FUIR !!!
Et quand je dis fuir, je veux dire galoper, à plein galop ! Je vous rappelle que je n’ai jamais fait de cheval. Jusque-là, on avait seulement marché. Même pas trotté une seule fois. Alors, imaginez-moi, raide comme une planche, les mains crispées, en train d’essayer de ne pas voler par-dessus bord.
Patrice est à côté, dans la même galère. Il lâche un de ses coups de sifflet et miracle : les chevaux s’arrêtent net. On les ramène vers le groupe. J’ai le cœur qui bat dans mes oreilles, je tremble de partout. J’ai eu la chienne de ma vie.
Les guides nous disent de descendre. Facile à dire. Je n’ai jamais débarqué d’un cheval et je n’ai pas de petit banc pour m’aider. Une fille voit ma panique et vient me montrer comment faire. J’obéis, avec la grâce d’une limace mouillée.
On finit par continuer à pied, à côté de nos chevaux. On apprend plus tard qu’ils sont entraînés pour retourner seuls à l’écurie en cas de panique. Au moins, on ne se serait pas perdus. Reste à savoir si j’aurais tenu jusque-là sans tomber.
On arrive enfin au camp pour manger. On est trempés, gelés, on n’a plus de force. Certains font sécher leurs vêtements au-dessus d’un feu, d’autres grelottent en silence. Les guides appellent des renforts pour ramener les gens en voiture. Mais moi, avec ma tête de cochon, je veux vivre l’expérience jusqu’au bout. Alors on reste et on mange à peine, parce qu’on n’a pas vraiment d’appétit.
Une heure plus tard, on remonte à cheval. Fatigués, frigorifiés, mais décidés. Et là, comme par magie, le ciel s’éclaircit. Le retour est paisible, presque parfait. Quelques arbres tombés barrent le chemin, mais Patrice descend à chaque fois pour dégager la route. Le héros de la soirée.
De retour à l’hôtel, on prend une douche bouillante pendant trente minutes, puis on s’enroule sous les couvertures, encore gelés, mais morts de rire.
Cette soirée m’a appris que, dans les moments de chaos, on devient une équipe, même avec des inconnus. Quand la peur et l’imprévu nous frappent de plein fouet, l’entraide prend le dessus. On se serre les coudes, on s’encourage, et soudain, on réalise que ce qu’on croyait une épreuve devient une expérience profondément humaine.
Quatre ans plus tard, on y est retournés, avec mes deux filles. Et cette fois, tout s’est bien passé. Pas d’orage, pas d’arbre qui tombe. Juste le simple plaisir d’être ensemble.